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La récente décisions des pouvoirs publics pour une indemnisation des « victimes » professionnelles de l’arrêt du transport aérien a inspiré ce courrier à un lecteur du figaro.fr. Je me permets de reproduire ce texte :
Cette idée de tuteur encore et toujours me gêne de plus en plus. Il faut laisser les gens se débrouiller, faire face et s’en sortir car il n’y a qu’à ce prix que nous aurons une nation forte…
Si vous n’avez pas d’autres alternatives, vous allez foncer et vous en sortir, si on vous assiste, si on vous met tout le temps sous tutelle, vous vous laisserez aller, d’autres pensant et agissant pour vous….je suis contre ces allocations qui ne sont pas la solution aux problèmes des hommes d’autant plus que dans ce cas, il ne s’agit pas de mois ou d’années d’arrêt mais de quelques jours voir semaine…faut tout de même pas exagérer.
De toutes les façons, seuls ceux qui ont l’habitude de se battre pour réussir seront reconnus car la vie, elle, ne fait pas de cadeaux…et elle fait le tri sélectif comme dame nature.
A méditer : les allocations et aides en tout genre telles que les pratique notre Etat providence (mais pour combien de temps ?) aident-elles les personnes à s’en sortir ou au contraire ne les maintiennent-elles pas dans un état de dépendance propre à les empêcher de se prendre en charge.
Pour développer son employabilité ne faut-il pas compter avant tout sur ses propres forces ? Vaut-il mieux passer son temps à chercher des allocations ou des aides ou bien plutôt chercher (ou créer) du travail ?
Les aides peuvent-elles et doivent-elle être versées Ad vitam æternam aux citoyens quémandeurs des pays riches ? Muhammad Yunus (l’inventeur du micro-crédit) de passage en France faisait remarquer que nous avions non seulement un des systèmes sociaux les plus coûteux au monde mais qu’il présentait le terrible défaut d’entretenir dans la pauvreté parfois trois générations successives d’une même famille !
Pour résumer les choses, si l’employabilité est la capacité des personnes à s’adapter au contexte professionnel et à leur environnement actuel, cette employabilité ne passe-t-elle pas désormais par une responsabilisation de tous les acteurs sociaux, salariés compris.
Dans notre futur avenir professionnel rien ne sera facile ou offert et se préparer à survivre professionnellement à la crise impliquera sans doute un abandon de certaines idéologies et dogmes qui ont pu prévaloir durant 40 ans en France.
Seconde partie : « les pauvres n’aiment pas la formation ! »
Depuis 2004 le Droit individuel à la formation (DIF) aurait dû permettre à la formation professionnelle de se recomposer en France. Le DIF devait ouvrir les portes de la formation tout au long de la vie à tous ceux qui en étaient privés depuis 1971 : salariés peu qualifiés, précaires, saisonniers, intérimaires, femmes, seniors…
Malheureusement depuis 6 ans l’immobilisme a succédé aux belles paroles : profitant d’une lente appropriation de ce dispositif complexe et totalement nouveau, les entreprises ont globalement refusé de le déployer. Elles n’ont, pour la plupart, pas joué le jeu de la formation tout au long de la vie arguant du fait que le législateur les auraient dotées de la capacité souveraine de refuser le DIF (ce qui est totalement faux).
Si les entreprises ne mettent pas en œuvre le DIF dès cette année 2010, des millions de salariés non ou peu qualifiés pourraient perdre définitivement leur emploi, leur employabilité et l’espoir de rebondir dans cette crise qui n’en finit pas de remettre en question nos archaïsmes et petits arrangements sociaux.
« Les pauvres n’aiment pas apprendre » c’est le discours communément partagé dans les milieux de la formation professionnelle (entreprises, responsables formation, DRH ou organismes de formation). Leurs piètres performances passées dans le système scolaire attesteraient de leur incapacité à développer leurs compétences, leurs connaissances et à apprendre tout au long de la vie.
A écouter ces notables de la formation, le DIF serait un dispositif inutile (tout comme la VAE), dispendieux (13 milliards d’€ par an selon une estimation de la Cour des comptes) et bien incapable de rattraper les écarts qui se sont creusés depuis l’enfance entre les salariés entreprenants et les autres.
Nous nous inscrivons en faux face à ce discours (destiné à conforter tous les immobilismes). En mai 2008 par exemple une enquête conjointe de l’ANACT et de l’AFPA nous apprenait que 80 % des salariés (y compris les moins qualifiés) souhaitaient en fait se former (y compris hors temps de travail).
Quelques illustrations pour montrer que le peuple souhaite en fait se former
- La responsable formation d’une grande usine dans l’agro-alimentaire (800 salariés) en juillet 2007 : « je vais lancer une campagne DIF (« le mois du DIF ») sur des formations en bureautique mais je suis persuadée que seules 20 ou 30 personnes vont s’inscrire et que ça ne marchera pas » .
Le bilan en septembre 2007 : « c’est incroyable, nous avons été submergés par les demandes à tel point que nous avons dû clôturer les inscriptions et contingenter les formations »
- Un grand bailleur social pour ses 170 gardiens d’immeubles en Ile de France : il était proposé durant le printemps 2008 un catalogue DIF avec un délai d’un mois pour répondre et un planning assez contraignant (formations durant les vacances d’été) : Résultats : 30 % d’inscrits en quelques jours et des salariés ravis qui réclament de poursuivre cet effort formation juste entamé (anglais, informatique et communication en français)
- Une grande société dans les loisirs : « nous avons lancé une offre de bureautique sur 42 h de DIF couplée à la fourniture gratuite d’un ordinateur portable (le stagiaire peut garder le portable en fin de formation s’il a été assidu et réussi ses test). En quelques heures toutes les sessions (ouvertes aux seuls personnels ouvriers) ont été remplies »
Enfin nous terminerons par le témoignage d’une entreprise américaine de 2 500 salariés avec une véritable politique formation tout au long de la vie :
« En 2004 une commission a été chargée de construire la politique DIF de l’entreprise, en 2005 les premières formations DIF ont été lancées (avec une communication soutenue via l’intranet mais aussi des documents papier).Une équipe de 4 personnes s’occupe du DIF : une responsable et son adjointe, une attachée administrative pour le suivi des actions et une gestionnaire pour la facturation. Un comité de suivi se réunit tous les 6 mois, évaluant les actions menées et construisant le plan pour le semestre suivant. En 2005 les managers ont été formés aux entretiens professionnels, l’OPCA est régulièrement rencontré. Plus de 600 personnes sont parties en DIF en 2007,
1 000 en 2008 et 1 600 en 2009. En 2010 nous visons l’objectif de 2 000 salariés partant en DIF.
Comme l’ont démontré toutes les études et enquêtes menées depuis 2005, le DIF atteint sa cible (y compris les petites entreprises) dès lors que l’entreprise joue le jeu du développement des compétences et ouvre sincèrement les portes de la formation pour tous. Mais les quelques rares entreprises apprenantes dont nous citons le témoignage ne doivent pas cacher la forêt de toutes celles qui ont fait le pari d’un abandon du DIF et font semblant depuis 2004 de le mettre en œuvre.
Dans notre société méritocratique d’héritiers (de l’argent ou du diplôme) il ne fait pas bon avoir pris un mauvais départ. Notre pays est le champion de la première (et unique) chance : celui qui n’assimile pas très vite les objectifs de l’école publique, qui ne s’adapte pas à un système scolaire déphasé et conformiste, celui-là n’aura quasiment jamais de deuxième chance : à lui les mauvais emplois, les systèmes de formation déclassés, la précarité ou les jobs à temps partiels. Pour les gagnants de la compétition scolaire par contre l’avenir est assuré, toutes les portes de l’emploi et de la formation resteront à jamais grandes ouvertes : fonctionnariat, concours, carrières et au final une assurance emploi définitivement acquise lors des 20 premières années de vie.
Si donc nous voulons changer un tel système basé sur la défiance, le conformisme et l’injustice éducative, si nous souhaitons sortir des discours incantatoires et offrir de réelles chances de développement professionnel à tous, il faut reconstruire dans les meilleurs délais la formation des entreprises et faire au DIF toute la place qu’il mérite dans notre univers de formation tout au long de la vie.
Didier Cozin
Auteur des livres « Histoire de DIF » et « Reflex DIF »
Alors que le législateur a réformé une nouvelle fois la formation continue en novembre 2009 et que de nombreux plans de licenciements sont annoncés pour 2010 nous aimerions présenter ici quelques mythes et légendes soigneusement entretenus par des acteurs de la formation professionnelle continue.
Une première opinion communément admise en France est que les TPE/PME ne forment pas leurs salariés car les grosses entreprises s’approprient le « gâteau » de la formation
Notre pays n’aime pas les grandes entreprises (surtout quand elles sont privées). Les sociétés comme les individus qui réussissent suscitent la jalousie ou l’envie, rarement l’admiration (si elles réalisent des profits ceux-ci sont rapidement qualifiés d’indécents). Pour des raisons culturelles et politiques la richesse et la prospérité demeurent suspectes en France.
Les malheureuses PME seraient donc étouffées par la règlementation (ce qui n’est pas totalement faux), malmenées par la conjoncture économique, dépendant de grands donneurs d’ordres (ah cette fameuse sous-traitance) et par ailleurs privées de formation continue par les grandes sociétés qui s’arrogeraient les dispositifs comme les budgets formation.
Ce diagnostic communément admis et partagé nous semble caricatural et bien peu conforme à la réalité du terrain, cette réalité que les professionnels de la formation vivent au quotidien mais qui ne parvient pas toujours à remonter jusqu’aux cabinets ministériels.
Pourquoi les petites structures ne sont-elles guère formatrices ?
Les parte
naires sociaux, le gouvernement et le législateur ont sans doute fait perdre deux années à nos concitoyens avec la décevante « Loi pour la formation tout au long de la vie » du 24 novembre 2009.
Si en 2003 et 2004 les accords interprofessionnels et la Loi laissaient supposer une vraie révolution, la nouvelle réforme n’ajoute quasiment rien à ce qui avait été mis en place il y a 6 ans. Bien au contraire, tout en proclamant haut et fort le souci de simplifier et de développer la formation, cette nouvelle Loi ajoute de la complexité et de l’insécurité sociale et professionnelle.
Les acquis du nouveau texte de Loi sont plutôt minimes, il s’agit surtout d’affichage et de moulinets législatifs qui ne changeront guère la situation sur le terrain social. Rappelons tout de même les points essentiels du nouveau texte :
- Le Droit à la Formation est réaffirmé et le DIF remis en avant puisqu’il devient portable et acquis pour le salarié en cas de rupture professionnelle,
- Une partie des fonds de la formation sera réorientée vers les publics les moins qualifiés. La Loi évoque une somme de 900 millions d’euros en 2010 pour 500 000 travailleurs et 200 000 DE.
- La réorientation des fonds mutualisés par les OPCA vers les petites entreprises (moins de 50 salariés).
- Le bilan professionnel, les entretiens professionnels, le passeport formation.
Rien de nouveau encore dans ce domaine et on se demande s’il était vraiment nécessaire de négocier pendant deux ans pour réécrire une telle Loi.

Depuis 2004 les services RH et formation des entreprises ont laissé leurs salariés cumuler des dizaines de milliers d’heures de DIF. Le taquet de 120 heures au compteur DIF sera atteint par plus de 10 millions de salariés dans quelques semaines (le 7 mai au plus tard).
Le pari de nombreuses organisations pour un DIF restant marginal et exceptionnel, ce pari très risqué a-t-il la moindre chance de se réaliser ?
Nous en doutons fortement car le Droit à la formation devient sans doute plus fondamental que le Droit aux congés payés dans notre économie du savoir et de la connaissance. Ainsi apprendre va devenir une activité professionnelle fondamentale.(Jean Fourastié estimait en 1995 que nous devrions y passer 10 % de notre temps de travail).
Qui pourra donc « sauver » les entreprises et leur plan de formation face au Droit Individuel à la Formation ?
Parmi les débats de société qui ont agité notre pays au XX ème siècle il convient de s’arrêter sur le celui qui concernait le travail et le temps libre.
Autrefois liée aux gains de productivité, la quête du temps libre a semblé porter notre pays depuis les années 70 (la société des loisirs). Portés par les souvenirs du front populaire et des victoires sociales d’alors, les pouvoirs successifs n’ont eu de cesse de réduire le temps que passaient les français à leur labeur jusqu’à produire la société actuelle, une société où l’oisiveté et le chômage massif et durable prédominent (depuis désormais 30 ans).
Le temps libre connut dans les années 80 son apogée avec l’adoption des 35 h, des RTT, de la retraite à 60 ans et même d’un éphémère et risible « ministère du temps libre ».
Tout nous semblait aller de soi dans cette construction artificielle et dogmatique : les machines étaient de plus en plus productives, les hommes aussi, et bientôt le seul travail des français ne consisterait plus qu’à presser de petites télécommandes afin que des esclaves professionnels ou domestiques réalisent toutes les tâches qui leur causaient autrefois tracas, désagréments ou simplement fatigue.
Une lecture superficielle de Jérémy Rifkin montrait la voie aux doctrinaires des loisirs pour tous. Le temps libre fut donc érigé comme la priorité nationale afin que le citoyen moderne puisse jouir en toute quiétude de ces milliers d’heures à ne rien faire…car il le valait bien.
Las, rien ne dure et avec la crise actuelle les travailleurs hexagonaux (dont on découvre qu’ils sont désormais ceux qui travaillent le moins au monde sur l’année mais aussi sur une vie professionnelle) pourraient bien se réveiller avec la gueule de bois, déclassés et incapables de raccrocher individuellement et collectivement le wagon de la société de la connaissance et des réseaux.
Toute l’habileté de ceux qui ont imposé au pays ces diminutions successives (et insidieuses) du temps de travail aura été nourrie par des pseudo évidences (égalitaristes) :
- Le travail devenait rare (un peu comme les matières premières) et il fallait donc apprendre à le partager (celui qui travaillent beaucoup étant des égoïstes qu’il faut pénaliser)
- Les machines travaillaient de mieux en mieux et rien ne justifiait plus de perdre son vie à la gagner si des machines étaient capables de le faire à notre place
- Réduire le temps de travail semblait évident car le vaillant travailleur hexagonal était doté de la meilleure productivité au monde (même si nous savons maintenant qu’elle est obtenue par la mise à l’écart d’une fraction importante de la population active !)
- On ne se réaliserait pas dans le travail. Depuis 1968 la population française était censée comprendre que le travail n’était qu’un leurre, un mauvais moment à passer, qu’il ne permettait pas de se réaliser et il ne fallait donc pas s’y investir (ou si peu)
…bref le travail, c’était la santé et ne rien faire c’était la conserver comme le chantait Henri Salvador. La vie professionnelle des français se transforma dès lors en un gruyère et les employeurs découvraient que leurs salariés avaient toutes les bonnes raisons de ne plus travailler (repos compensateurs, RTT, ponts et congés, jours chômés, Congés parentaux, congés de formation, congés syndicaux, nouveaux jours fériés..) le tout entrecoupé de quelques rares moments consacrés au labeur (forcement devenu une torture).
Nous allons désormais connaître beaucoup de déconvenues avec cette crise qui s’installe (comme le dit G Soros, « quand la mer se retire on découvre ceux qui se baignaient nus ») : Nous découvrons, surpris et mécontents, que nous perdons régulièrement du pouvoir d’achat, que nos existences professionnelles deviennent précaires, que tout ce qui comporte de la main d’œuvre devient inaccessible (le restaurant, les fruits et légumes, les vacances, les services de réparation..).
Si les français ne font pas encore tous le rapprochement avec leur faible investissement au travail ils vont bientôt constater que l’addition est salée.
Si le farniente était réellement créateur de richesses et de sens les innombrables désœuvrés de nos sociétés modernes : chômeurs, femmes au foyer, jeunes sans travail, seniors sans activité, retraités oisifs..tous ces bénéficiaires de temps libre infinis devraient être transportés de bonheur. Mieux encore, l’actuelle crise économique devrait être vécue par l’ensemble de notre société comme une aubaine puisque des dizaines de milliers d’actifs, de jeunes, de seniors rejoignent tous les jours la troupe des inactifs (ou des demandeurs d’emploi en tout cas).
Dans les familles pauvres, l’exemple des parents ne se levant pas le matin pour aller travailler devrait transfigurer les enfants quand ils partent à l’école (pourquoi aller à l’école si on ne travaille pas plus tard ?) . Ces mêmes enfants découvrant des profs adultes épuisés par leurs semaines de 18 h (au pire) comprennent très vite que la vraie voie du bonheur se trouve dans l’école buissonnière, les arrêts, les ponts et les congés maladie…
Mais la vie est mouvement, nous aurions souhaiter arrêter le temps (les avantages acquis devenant la nouvelle version de l’éternité religieuse) mais celui-ci se retourne désormais contre nous. Un ancien président disait qu’il fallait laisser du temps au temps, il y a 20 ans exactement la Chine était un pays sous développé, c’est désormais la seconde économie au monde !
Comme les grecs ou les espagnols nous allons rapidement devoir passer à la caisse (en fait le non travail durera le temps que ces affreux financiers continueront à nous prêter de l’argent). Autrefois dans un pays les parents se sacrifiaient (et sacrifiaient parfois leur vie) pour les générations futures. Nous vivons un temps original où les parents gagent l’avenir de leurs enfants pour ne pas faire face à leurs choix approximatifs.
Dans le monde la France ne pèse plus beaucoup (ne serait-ce que démographiquement). Une planète où 3 milliards de pauvres souhaitent jouer un rôle ou 1 million d’ingénieurs sortent des écoles chinoises et indiennes tous les ans et où 60 millions de français, scotchés à leurs 35 h passeront pour des Mohicans tout juste bons à garder le musée des traditions du XIX et XX ème siècle
Depuis 2004 et la Loi pour la formation tout au long de la vie la formation est devenue un Droit au même titre que celui aux congés payés. Successivement passée de la formation/sanction (dans les années 70 on formait les incompétents) à la formation/récompense (un séminaire au bord de la mer pour les vendeurs méritants), la formation s’est depuis 2004 transmuée en Droit, elle devient fondamentale pour l’avenir professionnel de chacun d’entre nous.
Se former dans la société de la connaissance et de l’information est indispensable et le monde professionnel ne peut plus retarder l’entrée de notre pays dans cette économie « fondée sur la connaissance, capable d’une croissance économique durable, accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative des emplois, avec une plus grande cohésion sociale » (Sommet de Lisbonne de mars 2000)
Rappelons que le DIF tel que prévu en 2003 par les partenaires sociaux puis le législateur en 2004 n’est pas une aumône pour les travailleurs mais le droit d’évoluer professionnellement, de développer leurs compétences mais aussi d’initier des reconversions professionnelles (que les Congés Individuels de Formation-CIF- ne peuvent couvrir en totalité vu leurs coûts). Ne pouvant plus garantir l’emploi à vie de leurs salariés, les entreprises doivent maintenir leur employabilité.
Rappelons aussi (on ne ne répétera jamais assez) que le seul motif valable et légal de désaccord DIF (le terme refus n’existe pas) est le désaccord sur le choix de l’action de formation pas sur le principe de former un salarié !
Il est normal que ce Droit partagé entre l’employeur et son salarié donne lieu à un dialogue et que l’entreprise puisse s’opposer à une demande non professionnalisante (un stage macramé ou de planche à voile) ou bien déraisonnable (un séjour linguistique en Australie dans le cadre du DIF). Mais ce qui n’était pas prévu c’est que nombre d’entreprises profiteraient de ce pouvoir de discussion pour entraver le Droit à la formation de leurs salariés. Les subterfuges utilisés sont connus de tous et tôt ou tard se retourneront contre ces mêmes sociétés.
Citons parmi les plus courant :
- Le parcours du combattant : C’est la plus classique et la plus ancienne technique de contournement, elle existait bien avant la réforme de la formation. Pour apprendre et évoluer il faut être (bien) accompagné et espérer que l’employeur accueillera avec bienveillance la demande individuelle de formation. Il en est trop rarement ainsi, la demande de DIF d’un salarié doit souvent suivre un parcours long, complexe et semé d’embuches. Ainsi de 30 à 80 % des velléités de se former peuvent se perdre en route (mais l’Etat ne fait guère mieux avec le DIF dans la fonction publique ou encore la VAE)
- La file d’attente : Même si l’employeur a un mois pour répondre à une demande de DIF il lui est tout à fait loisible de mettre en place d’interminables files d’attente : par exemple un seule période annuelle de recueil des demandes DIF. Les demandes de DIF sont « accueillies » et réalisables l’année suivante. Pourtant si l’employeur n’a qu’un mois pour répondre à une demande de DIF c’est bien parce que la formation ne peut attendre des années
- Les DIF prioritaires : Un employeur peut aussi décréter que seuls les DIF prioritaires de la branche professionnelle seront acceptés. C’est illégal mais ce terme de « prioritaire » abuse les salariés alors contraints de choisir dans des champs très limités des formations souvent trop proches des activités de l’entreprise.
- L’abandon face au marché de la formation : une autre façon simple et efficace de ne pas déployer le DIF est d’avoir une lecture stricte de la Loi : le DIF est à l’initiative du salarié, nous le laissons donc face à la complexité d’un marché illisible, opaque et inadapté à une demande isolée. Il y a ainsi peu de chance qu’il revienne avec une convention de formation et s’il y parvient on pourra prétexter la méconnaissance de l’organisme de formation déniché par le salarié.
- Le salarié ingénieur de formation : certaines entreprises ne craignent pas de demander plusieurs devis à leurs salariés (jusqu’à 3) une étude de marché, ou, pour une grande société publique, une lettre de motivation pour toute demande. Pour compléter le tableau on peut aussi imaginer un salarié devant se transformer en ingénieur de formation pour élaborer un cahier des charges ou lancer un appel d’offre.
- L’information défaillante ou inexistante : L’employeur est tenu d’informer à minima du nombre d’heures dont dispose chaque salarié. Certains employeurs le font sur la fiche de paie (fiche de paie qui est une des plus complexes au monde) en indiquant simplement : DIF=54. Le salarié ne sait souvent pas de quoi il s’agit : des jours, des €uros, des heures ? et personne dans son proche environnement professionnel n’est capable de lui donner des informations. Six ans après le votre de la Loi un groupe français de 12 000 salariés n’a pas encore pris la peine d’informer ses salariés du nombre d’heures dont ils disposent (il n’y a pas de sanction en cas d’absence d’information)
- La variante de l’absence d’information : Le salarié ne sait pas comment formuler sa demande de DIF, il n’a aucun formulaire, il ne sait pas à qui remettre le remettre et son manager, au courant de rien, le renvoie vers un quelconque service administratif qui fait la sourde oreille,
- L’insécurité : Admettons que le salarié ait enfin pu soumettre sa demande, en l’absence d’une charte DIF ou simplement d’explications de l’entreprise, il fait souvent cette demande en aveugle sans aucune idée de la façon dont elle sera reçue et perçue. L’anglais fait il parti des priorités de branches, de l’entreprise, y ai-je droit ? l’organisme que j’ai choisi est-il trop cher, pas assez cher, de mauvaise réputation ? C’est le flou total et cette insécurité lors de la demande permet de stopper net de nombreuses velléités
- Les contraintes budgétaires : Il est facile de faire croire aux salariés que la formation est soumise à un budget plafonné qu’on ne pourrait dépasser. Cette limite à ne pas dépasser n’existe bien évidement pas mais est bien commode pour refuser des DIF.
- Le refus DIF : Les entreprises ont cru lire dans la Loi qu’elles disposaient d’un pouvoir discrétionnaire de dire non si elles n’avaient pas les budgets, le temps, les moyens humains ou simplement pas l’envie de développer le DIF. Face à un refus d’accorder le DIF, refus qui n’a pas à être motivé selon la Loi, le candidat au DIF est renvoyé dans les cordes durant deux ans pour reprendre ensuite des démarches longues et hasardeuses auprès des Fongecifs (qui n’ont de toute façon pas les moyens de répondre et de financer des milliers de DIF contentieux)
En guise de conclusion
Pour que le DIF ne devienne pas un dispositif infernal (la bombe à retardement) qui empoisonnera durant des années les relations sociales et professionnelles dans notre pays il importe d’assumer ses responsabilités :
- l’Etat qui doit mener des campagnes de communication sur le DIF, le déployer aussi pour ses propres personnels,
- les partenaires sociaux qui ne peuvent se contenter de mettre en avant la formation à Paris puis de l’oublier ensuite sur le terrain dans les entreprises,
- les salariés qui doivent demander à bénéficier de leur DIF car comme le Droit de vote et la démocratie, un Droit dont on se prive disparaît à terme,
- les entreprises, notamment celles qui emploient les personnels les moins qualifiés. Ces entreprises doivent entendre et admettre qu’elles ne peuvent plus considérer leurs salariés comme de la simple main d’œuvre corvéable et interchangeable mais comme leur capital humain qu’il importe de faire grandir avec l’activité.
Didier Cozin
Ingénieur de formation professionnelle.
Extrait d’un article en une du nouvel économiste – Numéro daté du 4 mars 2010
…la revanche de l’être sur l’avoir
A commencer par le fait que si la valeur d’achat se trouve remise en question, d’autres notions sont elle à la hausse. Parmi celles-ci, le temps et le savoir.
Deux fondamentaux qui après avoir un temps été éclipsés par une frénésie de consommer, reviennent en tête des désirs des consommateurs en quête de changement.
« Lorsqu’on regarde l’échelle des priorités, on s’aperçoit que le temps est fortement remonté, indique Véronique Varlin (Directrice Associée Euro-RSCG). La preuve : les enfants arrivent en tête des priorités, immédiatement suivis par les sorties et les loisirs culturels. Autrement dit tout ce qui relève de l’expérience ; ce qui témoigne de nouveaux arbitrages en faveur de l’enrichissement personnel »
Une revanche de l’être sur l’avoir que perçoit également le philosophe de l’IRI, Bernard Stiegler . «Parallèlement à cette baisse du désir de consommer, on assiste à l’émergence d’un nouveau désir de savoir : France culture n’a jamais été aussi massivement podcasté, rappelle-t-il. Et lorsque le collège de France a annoncé sa décision de mettre ses cours en ligne, cela a donné lieu à un million de téléchargement en 2 mois. »
Ce qui montre bien les prémices d’une mutation sociale. « Les excès des dernières décennies ont créé un sentiment de saturation et un désir de désintoxication qui font qu’aujourd’hui les gens reviennent à l’essentiel »
Notre conclusion via cet excellent article ( de ce très bon journal) : la société des savoirs et de la connaissance se met en place, lentement mais inexorablement. Après la guerre nous avions peu de moyens mais beaucoup de main d’œuvre, les outils et la technique sont partout et bon marché et c’est bien la compétence et le talent qui risquent de devenir des denrées rares.
Désormais ce n’est plus la possession d’un ordinateur portable qui crée la différence entre les travailleurs mais bien plus leurs capacités à utiliser intelligemment des outils numériques banalisés et omniprésents.
Article publié dans agoravox en février 2010
La société industrielle décline inexorablement depuis la fin des années 70.
Elle avait l’énorme avantage d’intégrer et d’homogénéiser la société et les citoyens des pays développés en leur faisant intégrer (ou miroiter) une accession à la classe moyenne et à son standard de vie.
Dans cette société née avec la révolution industrielle au XIX ème siècle tout le monde (ou presque) pouvait tracer sa place sociale. La société industrielle (ou fordienne) intégrait les travailleurs étrangers, les travailleurs peu qualifiés, elle permettait à l’ingénieur tout comme au manœuvre de développer leurs savoirs- faire et leur activité (avec un espoir pour les personnes non qualifiées de gravir grâce à la formation quelques échelons de l’échelle professionnelle).
Les grandes machineries sociales, politiques, syndicales et économiques sont désormais inopérantes et contrairement à l’expression habituellement consacrée, ce n’est pas seulement l’ascenseur (ou l’escalier) social qui est en panne mais toutes nos construction et édifices sociaux hérités des XIX et XX ième siècles qui menacent de s’effondrer un à un.
Comment ce descenseur social s’est-il installé dans notre pays ?
Les réponses sont multiples :
- La France perd progressivement son statut de nation industrielle : il est de plus en plus difficile de produire dans une usine en France : les salaires et charges y sont très élevés, le droit du travail rigidifie les rapports sociaux et retire toute flexibilité au travail (lors de la dernière crise de 2008 c’est l’Etat qui a dû assurer la flexibilité du travail en rémunérant les personnels au chômage partiel), les contraintes environnementales, réglementaires, sociales… sont considérables. Il est aujourd’hui 10 fois plus rentable et simple d’importer de Chine (ou d’ailleurs) ce que nos concitoyens consomment plutôt que de fabriquer sur place avec tous les aléas d’une production nationale
- Les grands marchés de l’avenir ne sont plus guère dans nos contrées : pourquoi et comment produire en Europe quand les besoins et les marchés des autres continents sont immenses (après guerre nous avions besoin de tout pour reconstruire le pays, aujourd’hui la Chine a besoin de tout pour construire son économie). Nos marchés sont des marchés de remplacements, trop mûrs et peu porteurs, les marchés des pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) sont eux neufs et en croissance perpétuelle.
- Nous sommes devenus allergiques au risque (et en partie au travail). Le capitalisme et le développement de l’économie impliquent la prise de risque. Mais plus un pays est développé moins il est capable de remettre en question son confort matériel et ses habitudes sclérosantes.
Pour gagner de l’argent il faut pourtant remplir deux conditions dans une économie ouverte : prendre des risques et beaucoup travailler. Nous avons perdu ces deux notions de prise de risque (nous nous réfugions derrière l’ancien Etat providence plutôt que prendre notre sort en main) et de travailler beaucoup (le travail dans nos époques post-moderne est de moins en moins quantifiable en unité de temps car les neurones ne se mettent pas en route au coup de sifflet). Les 35 heures, la retraite à 60 ans, la cinquième semaine de congés payés, tous ces éléments ont rendu le travail couteux, rigide, parcellisé, peu efficace, trop concentré et bref pour être réparti équitablement.
Un adulte n’a pourtant besoin physiologiquement que d’un jour de repos par semaine (préconisé par toutes les grandes religions), d’une ou deux semaines de congés et il devrait pouvoir travailler 8 heures par jour sans que cela nuise à sa santé. Nous empruntons des voies sans issues depuis des lustres estimant que le travail n’est pas vital (slogan de 68 : « ne pas perdre sa vie à la gagner ») mais une courte (et inintéressante ) parenthèse dans la vie. - Nos grandes institutions apprenantes ne sont plus adaptées aux temps post-modernes et postindustriels : L’hôpital, la justice, l’école sont devenus inadaptés et dispendieux. L’école pense toujours former des ingénieurs et des employés pour les trente glorieuses. Elle s’est obstinément figée dans les schémas de Jules Ferry (et même de Charlemagne) avec un enseignant (clerc puis laïc) distribuant un savoir standardisé et labellisé à des apprenants soumis et sans moyen de s’informer. Ce modèle implose bien évidemment aujourd’hui et les principales victimes en sont évidemment les classes populaires qui fréquentent des établissements déclassés et qu’on ne prépare en rien aux nouveaux paradigmes du travail (intelligence émotionnelle, accueil du client, flexibilité, adaptabilité, capacité de prendre des initiatives, recherches de solutions, pragmatisme, capacité permanente d’apprentissage…).
Dans la formation professionnelle des adultes également les apprentissages sont toujours aussi mal répartis : des efforts importants pour les cadres, ingénieurs ou techniciens mais peu pour les employés et ouvriers censés rester une main d’œuvre interchangeable et peu investie dans son travail. - La concurrence sociale et professionnelle via Internet et les télécommunications est désormais ouverte entre des milliards de travailleurs. L’avantage dont disposait les pays développés avec leur passé ouvrier, leurs savoirs faire séculaires, leurs accès privilégiés aux marchés, leurs infrastructures … tous ces anciens atouts se transforment désormais en autant de pièges économiques et sociaux. L’avantage désormais est pour celui qui va très vite (à la vitesse de l’Internet). Les nouveaux acteurs, à l’innovation, aux entreprises flexibles et rapides : Une nation comme la Corée était par exemple un nain au niveau industrie automobile il y a 15 ans, aujourd’hui elle taille des croupières à tous les pays industriels (y compris aux japonais) en sortant des voitures fiables, sûres, bien dessinées et peu coûteuses. Ce qui fut patiemment élaboré durant un siècle dans nos pays peut désormais se déployer en quelques mois dans la plupart des pays émergents (qui n’ont pas à supporter les coûts élevés du passé social ou politiques des pays des vieux continents).
- Notre installation dans un cocon social (une bulle) nous empêche désormais de voir le monde tel qu’il est : 1 salarié sur 4 est fonctionnaire, donc très éloigné du marché du travail, protégé par un statut semblant éternel et en décalage avec la société, ¼ des salariés est sans activité, au chômage ou intégré dans des structures protégées. Toujours au niveau des salariés, encore ¼ de ceux-ci sont marginalisés dans leur emploi actuel, peu qualifiés et sans grand espoir s’ils perdent leur emploi actuel (ce qui est bien désormais leur risque). En cas de rupture professionnelle ils auront le plus grand mal à raccrocher le wagon du monde du travail avec ses exigences multiples (grandes capacités d’évolution, excellent culture générale, prise d’initiative, réactivité et flexibilité, maîtrise des nouvelles technologies, intelligence émotionnelle….
Enfin nous arrivons au dernier quart des salariés, ceux qui sont censés porter avec leur activité tout le poids (ou presque) de la création de richesses du pays. Ce ratio (et nous omettons de parler des jeunes sans emploi durable avant 30 ou 35 ans, des seniors qui quittent les entreprises bien avant leur 60 ans et de tous ceux qui cassés par un travail de mauvaise qualité vivent de pensions ou des subsides de la collectivité.) est insupportable à terme, 65 millions de personnes ne pourrons vivre durablement du travail de 5 ou 7 millions de travailleurs investis et qualifiés.
Comment pouvons-nous sortir de ce mauvais pas ?
Cinq idées force devraient nous guider pour rattraper nos retards et permettre une entrée durable dans l’économie de la connaissance et de l’information
- Oublier les anciennes schémas et schémas du passé. Ce que nous savions de la société, de la politique, du travail, nos anciennes valeurs et idéologies doivent être réinterrogés et reconstruits. L’opposition politique et syndicale doit comprendre que ses schémas mentaux sont devenus incompatibles avec la société nouvelle. A quoi sert encore le marxisme pour comprendre Google ou l’économie postindustrielle ? A rien sans doute et il importe que nous concitoyens ne s’appuient pas sur le passé pour refuser toute évolution, toute remise en question de certitudes devenus des conformismes et tabous idéologiques et sociaux.
- Responsabiliser les citoyens des pays riches. Les habitants des nations riches doivent réapprendre à devenir autonomes (socialement) et intellectuellement. L’Etat demeure mais il ne peut pas accompagner et aider la moitié d’un pays. Il va donc falloir apprendre à se débrouiller seul. Quand Pôle emploi chiffre à un million les demandeurs d’emploi en fin de droits en 2010, il y a 2 solutions pour régler ce problème :
a) rallonger, ad vitam æternam, la durée d’indemnisation du chômage (en croisant les doigts pour un retour à l’emploi en 2011…ou les années suivantes.
b) Aller vers une sortie du salariat : Cette seconde solution consiste à donner les moyens à ce million de personnes de créer leur travail si elles ne peuvent en trouver un . Le salariat à ce titre nous semble être un statut en déclin. Le travail indépendant et libéral doit pouvoir se redéployer en France. L’Etat ne pouvant plus garantir un emploi à tous, il doit par contre faciliter et sécuriser les passages entre salariat et travail indépendant (et vice versa) - Abandonner l’idée (et le discours) qu’on ne se réalise pas au travail. La société des loisirs était une utopie. Il faut désormais investir et s’investir beaucoup dans son travail. Sans des efforts soutenus et continus pour se former, évoluer, (re)construire sa route professionnelle, de nombreux travailleurs seront définitivement marginalisés,
- Cesser d’emprunter pour (r)assurer notre pouvoir d’achat. Le crédit a été durant les quarante dernières années notre premier moyen pour créer de la valeur. C’était souvent la capacité à emprunter pour un acteur économique qui créait de la richesse (pour les individus, les entreprises ou même les Etats). Ce crédit levier qu’on nous a tant vanté depuis des lustres est en passe de se transformer en crédit massue. Désormais c’est dans la capacité des pays, des entreprises et des individus à financer eux même leur développement dont dépendront les résultats économiques et sociaux futurs,
- Etre capable de rebondir, de changer, de renaître de ses cendres sans jamais faiblir ou nous disperser. Autrefois les guerres mettaient à bas les économies européennes tous les 20 ou 30 ans. Ensuite il s’agissait de reconstruire les pays. Aujourd’hui les guerres entre pays développés ne se font plus à coup de canons ou de bombardements, les confrontations sont économiques, la production et la vente de biens ou de services sont les théâtres de confrontation des systèmes. Quand un pays présente des déficits durables (commerce mais aussi comptes sociaux et publics) c’est qu’il perd des batailles économiques, qu’il décline et qu’à terme il perdra son indépendance. La France qui crée de moins en moins de richesses pourra-t-elle longtemps penser et proclamer qu’elle est la cinquième économie mondiale, est-elle certaine de pouvoir tenir ce rang (hérité de notre passé industriel) ?
En guise de conclusion : la crise économique impose progressivement de nouvelles compétences et valeurs au travail. Pratiquer la nostalgie et rester sur les anciens schémas des trente glorieuses ne permettra pas à nos concitoyens de comprendre et de jouer leur rôle dans la nouvelle société.
Dans cette économie de la connaissance, huit compétences permettront aux individus de développer leurs capacités et savoir faire. La commission européenne les a listées fin 2005 :
- Communication dans la langue maternelle
- Communication dans une langue étrangère
- Culture mathématique et compétences de base en sciences et technologies
- Culture numérique (informatique)
- Apprendre à apprendre
- Compétences interpersonnelles, interculturelles et compétences sociales et civiques
- Esprit d’entreprise
- Sensibilité culturelle
Il s’agit au final de réhabiliter les humanités pour tous, d’oublier un système obsolète de castes avec ses grande écoles, ses pseudo généraux pour réhabiliter, un projet qui était déjà celui de Condorcet durant la révolution française, permettre à tous d’être éduqués et formés tout au long de la vie.
Il nous reste désormais très peu de temps pour entrer dans la société de la connaissance et de l’information (Il y a 20 ans la chine était un nain économique, elle est en 2010 la deuxième puissance mondiale) et tout délai supplémentaire ruinerait notre horizon économique et social.
Didier Cozin
Ingénieur de formation professionnelle
Auteur des ouvrages Histoire de DIF et Reflex DIF.
Dans la longue litanie de nos maux professionnels : chômage de masse et durable, déficits sociaux, absentéisme record, harcèlements, faible qualification, carrières professionnelles trop brèves…le stress et la souffrance professionnelles sont devenus des constantes du discours médiatique, un mal rampant qui semble guetter chaque travailleur et dont les pouvoirs publics prennent désormais la mesure.
Il faut évidemment se demander pourquoi en France on semble tant être stressé par le travail, pourquoi aussi quelques années après leur installation en France des entreprises étrangères socialement avancées ou responsables (suivez notre regard) deviennent des employeurs ordinaires peu soucieux de la qualité de vie de leurs salariés ?
Tout d’abord qu’appelle-t-on le stress professionnel ?
la définition élaborée par les partenaires sociaux lors des accords de 2008 a le mérite d’être simple et claire :
« Le stress survient lorsqu’il y a déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face…. »
Le stress est donc une réaction psychologique face à des contraintes dans un environnement professionnel donné (nous oublierons ici le stress des départs en vacances ou durant les courses au supermarché !)
Pourquoi les travailleurs français sont-ils stressés et le sont-ils plus que leurs voisins européens ?
- Ils sont stressés car ils ne comprennent plus (ou de moins en moins) le sens de leur travail. Tout être humain doit appréhender son travail dans sa globalité mais la société taylorienne ne donnait pas du sens au travail, elle recourait simplement à une main d’œuvre interchangeable et corvéable. Cette parcellisation des tâches perdure non seulement dans l’industrie (où elle est née) mais elle s’étend désormais aux métiers de service (plateaux des call center ou caisses de supermarché). Si les besoins et aspirations des travailleurs se modifient les méthodes de management ou d’organisation quant à elles ont du mal à suivre les aspirations nouvelles des travailleurs,
- Ils sont stressés car ils n’ont pas l’impression que leurs efforts et leur implication sont reconnus à leur juste valeur. Dans un pays où depuis l’école on décourage plus qu’on encourage il est rare d’entendre des paroles de remerciement pour un travail. Les cadres sont de moins des encadrants mais plutôt des spécialistes et les instances de médiation ou de participation font défaut partout. Les syndicats ne représentent quant à eux que 5 % des salariés du privé et n’ont guère d’autres pouvoirs que celui de bloquer ou de dire non.
- Ils sont stressés parce qu’on ne leur donne pas suffisamment de temps (les délais) ou d’espace (open space) pour travailler dans de bonnes conditions. Quand dans les années 90 dans nombre de services fonctionnels il y avait 3 personnes les chasseurs de coûts en ont écarté deux et désormais on ne pare plus qu’aux urgences sans pouvoir anticiper ou maîtriser les dossiers.
- Ils sont stressés parce que dans un environnement complexe et exigeant chacun a besoin de temps de réflexion, de partage d’expériences ou d’expérimentation. Ces temps sociaux devraient être ceux de la formation professionnelle mais celle-ci est très peu continue en France. Six ans après la réforme de 2004 la formation ne reste qu’un ajustement contingenté et superficiel au poste de travail réservé à une minorité de travailleurs. Ceux ne peuvent exercer simplement et régulièrement leur Droit à la Formation (DIF),
- Les nouvelles technologies et en particulier l’Internet facilitent la communication mais sont aussi sources de stress. Elles abrogent les distances et le temps mais réclament une disponibilité totale : répondre aux mails trop vite (grave erreur), jongler avec le portable, le téléphone fixe et les clients est le lot commun des travailleurs de l’information,
- Ils sont stressés parce que la vie dans les grandes agglomérations est stressante : quand on emprunte la maudite ligne A du RER (mais la B n’est pas forcément une ligne touristique) ou qu’on retrouve tous les matins pendant des heures des milliers d’automobilistes sur sa route avant espérer gagner son lieu de travail, le chemin de l’entreprise devient une route pavée d’énervements et de tensions diverses (les travailleurs rentrant chez eux le midi pour déjeuner en province ne connaissent pas leur bonheur) ,
- La réduction du temps de travail a également une responsabilité dans ce stress généralisé. Elle a raccourci le temps de travail mais pas les tâches qui demandent temps, concentration et ne souffrent aucunes approximations ou décisions hâtives,
- Les rapports au travail sont devenus conflictuels. Il est difficile d’être bien au travail si votre employeur n’a pas confiance en vous mais aussi si vos salariés profitent d’un droit du travail protecteur pour « buller » ou faire semblant de travailler.
Le code du travail protège les salariés (les plus intégrés surtout avec leur CDI) mais il ne laisse quasiment aucune marge de négociation ou de discussion aux partenaires sociaux. Tout est strictement encadré, règlementé. En France, le contrat de travail semble le lien définitif identique à celui qui liait le serf à son seigneur. Il est difficile (et coûteux) de dénouer sereinement un contrat de travail (même si la récente rupture conventionnelle améliore la situation). - Une certaine déresponsabilisation du corps social et des entreprises qui se reposent sur l’Etat providence ou la collectivité pour prendre en charge les pathologies liées au travail. Un arrêt maladie ne devrait pas servir à gérer le stress, les difficultés professionnelles ou à guérir le harcèlement, c’est pourtant notre principal (et coûteux) remède hexagonale,
- Le salariat et ce fameux lien de subordination, généralisé durant le XX ème siècle, est désormais mal supporté par les travailleurs. Ils veulent prendre des initiatives, être reconnus dans leur vie et leur travail, devenir autonomes et qu’on leur fasse confiance. Le travail indépendant a un formidable avenir tant il correspond aux aspirations de nombreux citoyens qui ne souhaitent plus aliéner leur liberté pour une bien illusoire sécurité professionnelle
- Le coût du travail est très (trop) élevé en France, nous sommes parmi les pays riches celui où le travail est le plus coûteux et les entreprises ont désormais toutes les peines à créer des richesses en 35 heures de travail par semaine, 5 semaines de congés payés par an et des jours fériés et congés plus nombreux qu’ailleurs. Ce qui était possible quand la concurrence était faible et les frontières économiques fortes ne l’est plus au temps de l’Internet (qui rapproche les hommes mais les met aussi en concurrence pour le travail).
Un salarié agricole revient à 7,50 € par heure en Allemagne contre 11 € en France. Chez Renault le salaire horaire chargé d’un ouvrier est de 35 € en France, moins de 2 € par heure (charges comprises) en Turquie dans une autre usine de la marque.
Le stress existe donc dans notre pays, il est multiforme (ne peut-on également évoquer le stress particulier de ces « travailleurs » sans réel affectation ni tâches et qui s’ennuient tout au long de leur interminable journée dans un improbable placard) multi-causes et touche toutes les catégories professionnelles du livreur de pizza à l’industriel dans sa PME. Sortir de cette spirale dépressive ne sera pas facile car les listes rouges, vertes ou oranges du ministère du travail n’y suffiront pas, nous devons reconstruire tout notre modèle professionnel et économique pour ce nouveau siècle.
L es vingt ans ou trente ans de retard social de notre pays ne pourront être comblés et dépassés que si nos concitoyens acceptent de changer, de (se)faire confiance, d’évoluer et d’épouser enfin leur siècle.


