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Depuis 2004 les services RH et formation des entreprises ont laissé leurs salariés cumuler des dizaines de milliers d’heures de DIF. Le taquet de 120 heures au compteur DIF sera atteint par plus de 10 millions de salariés  dans quelques semaines (le 7 mai au plus tard).

Le pari de nombreuses organisations pour un DIF restant marginal et exceptionnel, ce pari très risqué a-t-il  la moindre chance de se réaliser ?

Nous en doutons fortement car le Droit à la formation devient sans doute plus fondamental que le Droit aux congés payés dans notre économie du savoir et de la  connaissance. Ainsi apprendre va devenir une activité professionnelle fondamentale.(Jean Fourastié estimait en 1995 que nous devrions y passer 10 % de notre temps de travail).

Qui pourra donc « sauver » les entreprises et leur plan de formation face au Droit Individuel à la Formation ?

1. Les OPCA ?

  • Les OPCA ne pourront plus aider les entreprises à généraliser le DIF. Ils ont pu les premiers temps favoriser les quelques demandes qui pointaient ici ou là (certaines entreprises furent parfois subventionnées au-delà des coûts réels des formations). A l’avenir les OPCA ne financeront plus que les DIF portés pour les salariés licenciés (Pôle emploi attend 200 millions d’euros cette année du DIF porté). A ces coûts il faudra ajouter les coûts représentés par un DIF porté que seul l’OPCA gérera et transférera,
  • Ces mêmes OPCA sont par ailleurs ponctionnés dès maintenant de 13 % des sommes reçues au titre de la professionnalisation et du plan de formation. Ceci représentera au total environ 1 milliard d’euros qui manqueront pour la formation des salariés du privé,
  • Pour clore ce chapitre OPCA, ceux-ci ont moins de 2 ans pour se regrouper, adopter une gestion transparente et déployer la formation vers les PME/TPE

Notre conclusion : Les OPCA ne seront pas une assurance formation sur laquelle se reposaient les entreprises, ils laisseront les grandes entreprises assumer seules leur dette DIF.

2. Les pouvoirs publics.

  • Les pouvoirs publics ont fait voter une nouvelle Loi en novembre 2009 qui est l’ultime avertissement au monde de la formation : la formation doit toujours être reconstruite, le DIF quant à lui est replacé au centre de la réforme, il est devenu portable et donc définitivement installé dans le paysage de la formation,
  • Les pouvoirs publics ont besoin de fonds pour former le million de demandeurs d’emploi en fin de droits. Ils ponctionneront cette année les entreprises de 13 % pour alimenter le FPSPP (Fonds Paritaire de Sécurisation des Parcours Professionnels). Cet argent ne reviendra pas aux entreprises, même pour la formation les moins qualifiés. En 2010 le FPSPP  consacrera 20 millions d’euros aux formations dans les entreprises (pour 20 000 salariés potentiels).

Notre conclusion : Les entreprises n’ont (presque) rien fait pour développer la formation tout au long de la vie alors que la France s’était engagée en mars 2000 avec ses partenaires européens à favoriser l’entrée dans l’économie de la connaissance et de l’information en 2010. Les pouvoirs publics ne viendront pas à la rescousse des directions restées impassibles et sourdes durant six ans face aux besoins de leurs personnels. Toutes les Lois réformant la formation furent initiées et négociées par les partenaires sociaux, ils doivent désormais honorer leur signature et ne pas se payer de mots.

3. Les syndicats

  • Depuis 2003 ils ont signé à une très forte majorité (unanimité même en 2003) les  Accords interprofessionnels sur la formation, ils pourraient bien évoluer sur leurs revendications et faire dorénavant la promotion et la diffusion du Droit à la Formation,
  • Dans le contexte actuel de crise des revendications sociales nouvelles pourraient apparaître et le Droit à la formation pour tous être un thème fédérateur et porteur

Notre conclusion : aucune mansuétude à attendre d’organisations qui dans le cadre de la sécurisation professionnelle devront protéger l’emploi, l’employabilité et la formation des salariés.

  1. 4. Les salariés, seront-il cette ultime bouée à laquelle se raccrochent les services RH et formation ?
  • Si personne ne réclamait son DIF, ce Droit deviendrait virtuel et les entreprises pourraient vaquer à leurs modèles traditionnels en formation
  • Le DIF est  un Droit d’initiative et nombre d’entreprises espèrent toujours que cette initiative restera totalement marginale (nous n’avons pas les moyens d’être pessimistes nous a déclaré une entreprise de services de 9 000 salariés en Ile de France)
  • Toutefois les salariés ne demandant pas à bénéficier de leur DIF alors que la crise économique fait rage prendront à l’avenir des risques professionnels considérables (ne pouvant garantir mon emploi les entreprises doivent préserver mon employabilité).
  • Beaucoup de salariés seront-ils aveugles et sourds au  point de ne jamais réclamer leur DIF ? Nous en doutons fortement : un grand nombre d’entre eux s’apprêtent à réclamer leur DIF dès cette année (peut être 40 ou 50 %) Dans la dernière enquête Demos pour les Trophées du DIF 2010, 26 % déclaraient être convaincus de l’intérêt du DIF et 35 % attendaient simplement de trouver la formation qui leur convienne.
  • Les entreprises comprendront-elles que le DIF fait parti du contrat de travail, qu’il n’est pas une option exceptionnellement mise en œuvre par quelques salariés sur-motivés ?.

Notre conclusion en ce qui concerne les salariés : Tous les salariés ont vocation à développer leurs compétences et à maintenir leur employabilité, le pari perdant/perdant d’un DIF exceptionnellement utilisé se retournera tôt ou tard contre les organisations et leurs salariés.

Ainsi quelque soit l’angle sous lequel on prend ce dossier DIF, il apparaît clairement que les entreprises (les plus grandes surtout) se sont tirées une balle (de plus) dans le pied. Plutôt que de faire d’un nouveau dispositif une opportunité  pour reconstruire leur formation et les apprentissages elles ont souvent cherché à contourner la Loi, à oublier cette nouvelle responsabilité apprenante. Le vieux plan de formation (39 ans déjà) fera donc les frais de leur manque flagrant d’anticipation et de prise en compte des nouvelles aspirations des travailleurs. Une seule inconnue demeure désormais : le plan de formation sera-t-il absorbé par le Droit à la Formation dès 2010 ou bien en 2011  ?

Le déclin de la société de consommation (la satiété de consommation comme l’a nommée « Alternative économique ») entraîne donc de nouveaux besoins massifs, fondamentaux et récurrents (tout au long de la vie) :

  • Besoin d’apprendre, de progresser,
  • Besoin de se cultiver, (« grandir »),
  • Besoin d’évolutions professionnelles et dans la carrière,
  • Besoin d’accompagnements pour des reconversions professionnelles entraînées par la crise
  • Besoin de partager, de collaborer au sein d’un collectif travail restauré,
  • Besoin de trouver sa place dans la société des savoirs et des réseaux alors que le néo-taylorisme s’éloigne des sociétés occidentales,
  • Besoin enfin de comprendre et de participer à un monde complexe où l’on doit apprendre et se former d’une manière continue (la formation permanente, continue ou encore tout au long de la vie).

Les entreprises toujours hésitantes face au DIF et à la formation tout au long de la vie, prennent désormais un risque considérable pour leurs salariés mais également pour elles-même. Leur pari d’une crise passagère pourrait bien laisser le pays sans force ni capacité de rebondir dans les années qui viennent.

Comment créer des richesses et rester compétitifs si l’on ne peut pas s’appuyer et mobiliser son premier capital, le capital humain ? Les travailleurs ne constituent plus une main d’œuvre taillable et corvéable qu’on oublie à son poste de travail de restructurations en plan sociaux.

Sans considérables investissements dans la formation tout au long de la vie nombre d’entreprises ne seront plus viable dans la société de la connaissance et des réseaux . Leur compétitivité et leur survie économique dépend de leur capacité à changer, à innover, à inventer. Mais comment changer sans s’appuyer sur les humains au travail ?Comment pourront-elles renaître, se réinventer sans cesse  si elles ne peuvent quitter les schémas tayloriens des XIX et XX ème siècles ?

L’avenir de notre formation se trouve dans l’individu, ses envies, ses projets sociaux et professionnels, ses capacités d’apprentissages et d’innovation.  Le peuple n’est pas fou, il doit se réapproprier son avenir professionnel et social.

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Une réponse à to “Le DIF sauvera-t-il le soldat formation professionnelle ?”

  • Bonjour,

    Faut-il rappeler que le DIF existe depuis quasiment 6 ans ? (bientôt l’anniversaire !)

    Personnellement, je me doutais bien que les entreprises allaient renâcler au moins dans un premier temps avant de s’apercevoir qu’il serait souhaitable d’étaler au mieux la dépense…D’autant que les OPCA pouvaient aider financièrement.

    Par contre, je ne pensais pas qu’elles allaient attendre le tout dernier moment…(Mais est-ce que les salariés ont déposé des demandes ?)

    Maintenant, il est trop tard (en fait il y a déjà un petit moment qu’il est trop tard) , elles sont au « pied du mur » ; la loi du 24 novembre a même aggravé leur situation.

    J’ai toujours pensé que le législateur allait remettre en cause le plafonnement du cumul des droits DIF qui eût été de nature à reculer l’échéance sans toutefois stopper les compteurs.

    Il n’en a rien été ; au lieu de cela, la règle a été maintenue telle quelle. Bien plus, le législateur a attribué le financement des DIF porté aux OPCA ce qui, conduira immanquablement (comme c’est dit d’ailleurs dans le billet) , à rendre plus « délicate » la contribution qu’elle pouvait apporter jusqu’à présent au financement du DIF exercé pendant l’exécution du contrat de travail.

    Dans le même temps, la jurisprudence de la Cour de Cassation se « durcit » singulièrement…

    Et si les demandes commencent à affluer (encore faut-il que les salariés soient correctement informés et qu’ils aient « l’appétence » pour la formation), les entreprises devront payer « plein pot »…

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