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Débarqué des États-Unis, le phénomène des « mompreneurs » s’implante progressivement en France. Cette expression, contraction de « mom » (maman en anglais) et « entrepreneur », désigne les femmes qui se lancent dans la création d’entreprise pendant ou à la suite d’une grossesse. En France où 30 % des chefs d’entreprise sont des femmes, le phénomène reste difficile à chiffrer alors qu’aux États-Unis on compte déjà plus 5 millions de femmes qui se sont lancées dans cette aventure. Selon Marlène Schiappa-Bruguière, fondatrice de Maman Travaille, un réseau qui rassemble 2500 mères actives, les mompreneurs françaises sont de plus en plus nombreuses : elles seraient près de 10 000 à s’être lancées. Elle ajoute que les profils ont changé aux cours des années, « alors que les premières mompreneurs étaient très diplomées, aujourd’hui, ce sont d’anciennes salariées, mères au foyer ou femmes au chômage ».

Un phénomène qui s’explique.

« Avec la naissance d’un enfant, les femmes gagnent en confiance et éprouvent le besoin de s’accomplir » explique Anne-Laure Vincent, mère de quatre enfants et directrice générale d’auFeminin.com et cofondatrice de marmiton.org. Les jeunes mères font souvent preuve de créativité, de motivation et de maturité, qualités indispensables à tout créateur d’entreprises. De plus, « Ces femmes tentent d’autant plus facilement l’aventure que le statut d’auto-entrepreneur permet de limiter les risques grâce à des démarches simplifiées et à des charges réduites ».

Les nouvelles technologies et notamment le boom d’internet et du ecommerce offrent la possibilité de travailler à domicile avec des horaires compatibles avec des enfants en bas âge. Le travail à domicile est ainsi plébiscité par la plupart des mompreneurs qui ont la particularité de souvent commercialiser des produits ou des services destinés aux mères ou à leurs enfants.

De plus en plus de femmes surfent sur le phénomène.

« Beaucoup de femmes ont compris qu’il s’agissait d’un bon filon de communication » explique Mme Schiappa-Bruguière. Certaines femmes revendiquent même un statut de mompreneur pour bénéficier du soutien d’un réseau alors même qu’elles ont créé leur entreprise bien avant la naissance de leur premier enfant.  Ce réseau est notamment porté par l’association Les mompreneurs créée en 2008 mais aussi par Mompreneurs France. Pour Anne-Laure Constanza fondatrice de Mompreneurs France : « Les réseaux sont utiles mais pas suffisants : il faut créer des vraies structures d’accompagnement, notamment pour faciliter l’accès au financement, souvent fermé aux jeunes mères ».

En conclusion, le sociologue Eric Fassin, professeur à l’Ecole Normale Supérieure estime qu’il ne faut « pas minimiser l’intérêt d’un tel phénomène » : « En France, où les femmes sont particulièrement exposées au chômage et au temps partiel, cela montre leur volonté de ne pas décrocher. Elles réclament leur place. » Et la prennent…

« Avoir autant travaillé pour se retrouver dans une ZEP, non merci », ce discours tenu par une élève à la sortie de l’école Normale supérieure de Paris tend à se généraliser parmi les étudiants de cet établissement. Interrogée par un journaliste du Figaro, cette étudiante accompagnée de l’une de ses camarades précise qu’elles rêvent plutôt d’une carrière dans l’administration, de devenir journaliste, voire « de travailler dans la publicité ou la communication ». Affirmer son désir de travailler dans le privé n’est plus tabou au sein de cette organisation, le pantouflage comme l’appellent les étudiants est même revendiqué par certain dès leur entrée dans l’établissement. Bien que les trois quarts des normaliens s’engagent toujours dans l’enseignement une fois diplômés, la directrice de l’établissement reconnait « qu’ils sont de plus en plus nombreux » à se diriger vers le privé. L’établissement, crée par Napoléon 1er en 1808, s’éloigne peu à peu de sa vocation première, « former à l’art d’enseigner des lettres et des sciences ». Ainsi, l’association des normaliens en entreprise qui affiche 550 membres, compte dans ses rangs, avocats, banquiers, industriels, artistes ou journalistes. Les normaliens sont également nombreux à arpenter les couloirs des ministères, à prodiguer leurs conseils mais également utilisés comme plûmes pour les discours de nombreux responsables politiques.

Il est vrai que la rue d’Ulm (rue où se trouve l’école à Paris) a toujours fourni à la société bon nombre d’hommes politiques, d’écrivains ou de journalistes. Ainsi Aron, Sartre, Pompidou, Alain Juppé et plus récemment Laurent Wauquiez ou Nicolas Demorand peuvent témoigner d’un passage dans cet établissement. Mais pour les autres, cette désaffection de l’enseignement s’explique entre autre par la diminution des postes dans les universités françaises. Ainsi, le service carrière de l’association des anciens élèves, élèves et amis de l’ENS, voit se présenter chaque année un « nombre croissant de jeunes en difficultés », ou simplement déçus des possibilités qui leur sont offertes, certains « pouvant même être en total désarroi ». Les littéraires sont les plus touchés par ce manque d’opportunités intéressantes, ainsi bien qu’admis à l’agrégation, ils sont généralement affectés dans des établissement difficiles. « Sauf pour ceux qui ont la vocation, c’est d’autant plus un gâchis que le lycée n’est plus aussi élitiste qu’autrefois. Les normaliens sont en total décalage. De plus, ils ne sont pas sélectionnés sur leur sens de la pédagogie… », estime Dominique d’Hinnin, directeur financier de Lagardère et président de l’association des normaliens en entreprise.

Selon une enquête de juin 2008 intitulée « Quelle école normale supérieure pour le XXIe siècle », l’association des anciens élèves révèle que certains, « sans le renier explicitement, ne font même plus état de leur qualité de normaliens ! ». L’association craint du même coup que les jeunes issus des classes préparatoires ne s’intéressent plus à la formation dispensée par l’école. Alors qu’en Lettres, le nombre de candidats varie peu d’années en années, le taux de démission des scientifiques admis au concours augmente « de façon préoccupante », atteignant même les 50 % dans certaines disciplines. De plus, le nombre d’élèves littéraires qui entre à l’école pour obtenir le statut « confortable » de fonctionnaire stagiaire mais qui suivent leurs scolarité dans un autre établissement augmente. Avant, « c’était mal vu de faire une scolarité parallèle à HEC ou à l’Essec. On s’en cachait. Maintenant, c’est institutionnalisé. Il est demandé aux élèves de ne plus penser seulement à l’agrégation », explique Dominique d’Hinnin.

Pour faire face à ce changement de mentalité, l’école est en train de mettre en place des conventions avec d’autres établissements tels que le Cnam, HEC ou l’Essec. Par ailleurs, chaque année, deux normaliens sont admis de droit au CFJ (Centre de formation des journalistes) et ce depuis 2008. Un autre partenariat vient d’être mis en place avec l’Isit (l’institut supérieur d’interprétation et de traduction). Enfin, l’école vient de mettre en place sa propre formation à la préparation au concours de l’ENA où les élèvent obtiennent de très bons résultats.

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